J’ai pu lire ici et là que Michel Franco était le « Michael Haneke latino ». Certes, tous les deux donnent à voir la cruauté à l’état brut, la violence crue, l’horreur sourde. Mais si Haneke frappe souvent là où ça fait mal, pour moi Michel Franco s’adonne un peu trop à la méchanceté gratuite.
La rigueur et l’aspect très clinique des films de l’autrichien contraste avec le film un brin bancal du cinéaste mexicain. Bancal à mon sens parce que tout le thème du film, à savoir la descente vers les ténèbres de Lucia, ne reposerait que sur un ébat sexuel dans une soirée un peu trop arrosée et que cet évènement devrait à lui seul "justifier" les atrocités que vivra la jeune héroïne par la suite. C’est peu. Ici, la crétinerie confine à la barbarie et la jalousie explique les sévices les plus durs. J’ai eu du mal à croire que ces pimbêches peu vertueuses puissent être aussi rancunière de la pauvre Lucia, tout comme j’ai eu du mal à croire à ces violences commises par des ados plus perturbés par leurs hormones que réels délinquants sexuels en puissance.
La mise en scène est sobre et les personnages sont souvent filmés de dos, à l’exception peut-être de Lucia. Un parti pris esthétique… pourquoi pas.
J’ai eu du mal à saisir aussi l’intérêt de mettre en parallèle la détresse du père-veuf et les déboires de sa fille. Les deux histoires communiquent assez peu et la première est rapidement laissée de côté, on se fout assez peu de la reconversion professionnelles du père qui n’a de réelle importance dans le film que dans la dernière partie. On n’est pas vraiment dans un film du type « We need to talk about Kevin » où justement Lynne Ramsay entremêlait avec brio la déchéance d’un fils avec le combat de sa mère pour la survie.
Tim Roth à Cannes parlait d’un « chef d’œuvre », peut-être n’avons-nous pas vu le même film. Ceci étant, le film est porté par quelques belles séquences (celles d’ouverture et de fermeture par exemple) et la brillante composition de la jeune Tessa Ia pourrait à elle seule valoir le détour. Mais voilà, si la cruauté est le maître mot de ce film, elle ne provoque –dégoût mis à part- que trop peu d’émotion chez le spectateur.